Ode, “Le Fleuve donne naissance aux Enfants des Étoiles” (2011)

Ode, Le Fleuve donne naissance aux Enfants des Étoiles, Paris, Éditions les Poètes français, 2011, 83 p.

 

Du Temps et de l’Eau

Au rendez-vous de mon enfance
À l’ombre du saule pleureur
Mon Fleuve Saint-Laurent m’est une main de chair
Telle une île, tu es là entre ses rives
Et court, court l’absence
Et marche, marche l’attente
Et flotte, flotte le silence
Vers les marées des ailleurs

Le temps et l’eau, suspendus à l’innocence
Chantent l’invisible sans se poser
Sur les quenouilles qui baignent
Heureuses, sans se douter de la caresse
De la joie et des peines
Des jours qui passent
Poussières des moissons de la vie

Une vie sans rimes
Pour dire les mots oubliés
Les mots d’amour, de haine
Que le vent du Fleuve a emportés
Les fleurs des champs, celles fanées
Résidus des vieilles histoires
De tristes amours condamnées
Il se fait tard à la mémoire du départ

 

Du Fleuve, de l’Amour, de l’Incertitude

Au désir des jours
M’attendras-tu, amour ?
Au jour des moissons
Seras-tu là, amour ?
Aux soleils des étés aimés
Nos regards, malgré les saisons passées
Seront-ils fibules à nos hanches
Et saisons nouvelles ?

Nos jours ne regarderont-ils jamais plus en arrière
Nos nuits ne seront-elles plus que de feu
Irons-nous au Fleuve y baigner les étoiles
Et bercer la lune couchée sur les vagues
Embarquerons-nous sur le voilier aux ailes blanches
Jusqu’à l’île verte des désirs
Marcherons-nous côte à côte sur la grève
Cheveux au vent des amours complices

Dénouerons-nous les rubans des pudeurs antiques
En offrande aux Fleuves de nos vies
Nous laisserons-nous aimer par la terre
En hommage aux labours féconds
Le bonheur voudra-t-il venir avec nous
Porté sur les ailes des oiseaux fous
Irons-nous au petit matin jusqu’au Fleuve
Pour entendre remonter le silence

…Irons-nous…

 

Amours Cosmogoniques

L’Univers, la Vie et sous les Cieux
À vol d’Oiseau, la Terre
Les Océans se font taches bleues
Les Étoiles de leurs pointes les éclairent
Au grand jour, sous le Soleil sauvage et brûlant
Visions de parcelles terrestres
L’île boisée abandonnée des Amants
Là où flottent des odeurs sylvestres
Et de longs bras de sable à perte de mer
Dans le silence immobile des battures altières
Entre vent et vagues, le combat des forces mugissantes
La Clepsydre du Temps,
Des Amants perdus, compte les heures

Du fond des millénaires
Elle annonce les retrouvailles des Solitaires
Ainsi pour eux la fin du Grand Chaos
Le fil d’Argent qui les relie
Apporte enfin son écho
Dans la traînée de poussières d’Étoiles
Que le Vent porte jusqu’à eux
La Déesse de l’Amour met les voiles
Renaissance des Amants de l’Arc Sidéral
De l’Univers poudré à la Source qui ruisselle

Aucune mort, aucune vie ne leur a été épargnée
Du grand Mystère du Cercle Rouge
À l’interminable attente où plus rien ne bouge
L’hyménée est enfin consumée
Dans le feu du ruissellement des corps de nuit
Ainsi, ils ont retrouvé de leur âme la claire pureté

L’Amour, par décret d’origine, s’élèvera-t-il comme aux jours premiers,
à hauteur de la parole créatrice ?

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