Aubaude Camille, “Poèmes d’Amboise / Poesie per Amboise” (2015) – Estratti

Camille Aubaude, Poèmes d’Amboise / Poesie per Amboise, prefazione di Giovanni Dotoli, traduzione e cura di Mario Selvaggio, Roma, Edizioni Universitarie Romane, Coll. « Les Poètes intuitistes / I Poeti intuitisti n. 7 », 2015, 99 p.

*  *  *  *  *  *

 

LA MAISON DES PAGES

 

Puis j’ai enseigné le Mystère des fées

Régénérée par un fleuve d’ambre :

Qui peut m’entendre quitter ma chambre

À Minuit dans la Maison des Pages ?

 

Près de ma sœur endormie, je m’éveille.

Et j’appelle le Sommeil à grand cri.

Il vient à sa guise ; muet, il veille

Sur la nuit de la Maison des Pages.

 

Tendre secret d’une habitation

Partagée où la respiration

D’une Âme coule sur les marches

De pierre de la Maison des Pages.

 

Fantasia de papiers et de livres

En des pièces de matière en fusion.

En bas, dans la cuisine, le café

Parfume l’entière Maison des Pages.

 

J’inscris l’étrange maison sur une île,

L’île de mon cahier aux plages

Où courent les chiens noirs. J’écris le flux

Des orages de la Maison des Pages.

 

De jour et de nuit, l’onde soulève

Une femme seule et humble qui hèle

Les ombres dans l’espoir de rencontres

Près des autels de la Maison des Pages.

 

Têtes de morts aux yeux éclairés

De bougies ; là, des tables sont dressées

Près d’un vaste squelette posé contre

L’acacia de la Maison des Pages.

 

Des crânes jaillissent d’un coffre,

Volètent vers le miroir qui réfléchit

Le désordre de choses étrangères

Au calme de la Maison des Pages.

 

Cèdres, tilleuls et marronniers s’élèvent

Contre le mur érigé par le Poète

Pour le malheur de trois générations

Nées en prison dans la Maison des Pages.

 

Papiers découpés mauves et blancs, squelettes

En carton-pâte jouant de la guitare

Fleurs safran et portraits d’êtres absents

Sont les images de la Maison des Pages.

 

Deux jeunes mariés très amoureux

Lèvent l’un vers l’autre leurs crânes dénudés.

Je peux croire au bonheur parfait,

Charmant augure en la Maison des Pages.

 

Rites, vibrations, terres dévastées,

Puissiez-vous conjurer les supplices

Quand hagards et voûtés, nous porterons

Les Poètes dans la Maison des Pages.

 

Offrandes déposées par les vivants

Au goût des revenants, bijoux complices,

Rires trémoussant de la plénitude

Des trépassés de la Maison des Pages.

 

Fantasmagorie mêlant Mort et Vie

Terre druidique aux Temples endormis

Regards acérés de carcasses en carton :

Veilleurs sacrés par la Maison des Pages.

 

Viens, réchauffe-toi, anime la Passion !

Toutes les Portes s’ouvrent sans raison

Quand des milliers d’ombres violettes

Balaient les sols de la Maison des Pages.

 

Seule face aux diplômes, aux articles

Et photos jaunis suspendus aux murs,

Pour souffler au loin les pensées faciles,

J’expire l’air de la Maison des Pages.

 

Les murs suintent, enserrant la paresse,

M’empêchent de quitter la Forteresse.

Ils assiègent les visions marcescibles

Qui fusionnent dans la Maison des Pages.

 

Vision émaillée de matins d’été

Où l’Amour naît d’un visage enchanté,

Se relève dans le regard embrumé

Du visiteur de la Maison des Pages.

 

Ô mon Âme vivace ! l’orbe de ton Chant

Élargit les voûtes de ma chambre,

Tu viens sculpter la pierre d’absence

Dès minuit dans la Maison des Pages.

 

Âmes tendues, courbées, corps autrefois

Embrasés, vos sourires irradient,

Vos esprits ensemencent les arcures,

Points cardinaux de la Maison des Pages.

 

Ah ! comme cette maison est mienne.

Les décorations funèbres, les chandelles

Du jardin et l’autel des sacrifices

Me ramènent à la Maison des Pages.

Ibid., p. 16, 18, 20.

 

LA MAISON DES PAGES

 

Ho poi insegnato il Mistero delle fate

Rigenerata da un fiume d’ambra:

Chi può sentirmi lasciare la mia camera

A Mezzanotte nella Maison des Pages?

 

Vicino a mia sorella addormentata, mi sveglio.

E invoco il Sonno a gran voce.

Giunge a modo suo; muto, veglia

Sulla notte della Maison des Pages.

 

Tenero segreto di un’abitazione

Condivisa dove la respirazione

Di un’Anima scorre sui gradini

Di pietra della Maison des Pages.

 

Fantasia di carte e di libri

In pezzi di materia fusa.

Giù, in cucina, il caffè

Profuma tutta Maison des Pages.

 

Iscrivo la strana casa su un’isola,

L’isola del mio quaderno sulle spiagge

Dove corrono i cani neri. Scrivo il flusso

Delle tempeste della Maison des Pages.

 

Giorno e notte, l’onda solleva

Una donna sola e umile che chiama

Le ombre nella speranza d’incontri

Vicino agli altari della Maison des Pages.

 

Teste di morti dagli occhi illuminati

Di candele; qui, delle tavole sono innalzate

Vicino a un grande scheletro posto contro

L’acacia della Maison des Pages.

 

Dei crani spuntano da un baule,

Svolazzano verso lo specchio che riflette

Il disordine di cose strane

Nella calma della Maison des Pages.

 

Cedri, tigli e castagni si levano

Contro il muro eretto dal Poeta

Per la disgrazia di tre generazioni

Nate in prigione nella Maison des Pages.

 

Carte ritagliate color malva e bianche, scheletri

Di cartapesta che suonano la chitarra

Fiori zafferano e ritratti di esseri assenti

Sono le immagini della Maison des Pages.

 

Due giovani sposi molto innamorati

Levano l’uno verso l’altro i loro crani denudati.

Posso credere alla felicità perfetta,

Augure affascinante nella Maison des Pages.

 

Riti, vibrazioni, terre devastate,

Possiate scongiurare i supplizi

Quando stravolti e curvi, porteremo

I Poeti nella Maison des Pages.

 

Offerte deposte dai vivi

In onore degli spiriti, complici gioielli,

Risa che si agitano alla pienezza

Dei trapassati della Maison des Pages.

 

Fantasmagoria che mescola Morte e Vita

Terra druidica ai Templi addormentati

Sguardi taglienti di carcasse di cartone:

Sacri guardiani per la Maison des Pages.

 

Vieni, riscaldati, anima la Passione!

Tutte le Porte si aprono senza ragione

Quando migliaia di ombre violette

Spazzano i pavimenti della Maison des Pages.

 

Sola di fronte ai diplomi, agli articoli

E alle foto ingiallite sospesi ai muri,

Per soffiare lontano i facili pensieri,

Inspiro l’aria della Maison des Pages.

 

I muri trasudano, stringendo l’indolenza,

M’impediscono di lasciare la Fortezza.

Assediano le visioni marcescibili

Che fondono nella Maison des Pages.

 

Visione smaltata di mattini d’estate

Dove nasce l’Amore da un volto incantato,

Si rileva nello sguardo confuso

Del visitatore della Maison des Pages.

 

Oh mia Anima vivace! l’orbe del tuo Canto

Allarga le volte della mia camera,

Tu vieni a scolpire la pietra d’assenza

Da mezzanotte nella Maison des Pages.

 

Anime tese, curve, corpi un tempo

Infiammati, i vostri sorrisi irradiano,

I vostri spiriti seminano le arcuature,

Punti cardinali della Maison des Pages.

 

Ah! quanto sento mia questa casa.

Le decorazioni funebri, le candele

Del giardino e l’altare dei sacrifici

Mi riconducono alla Maison des Pages.

Ibid., p. 17, 19, 21.

*  *  *  *  *  *

LORELEI

 

Nymphe dressée sur un rocher,

la sirène ondule à l’affût

des barques d’infortune, mue

par ses chants déchaînés.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,

sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Vestale des brumes,

elle attise les tourmentes

et joue de toutes les voix

se pressant dans sa gorge.

Les bateaux sont sa proie.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,

sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Sainte des flots agités,

elle appelle les naufragés,

exilés dans l’errance,

les mène à une île blanche

pétrie de vagues au sein des eaux :

ses cailloux sont des os.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,

sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Maîtresse des nixes ! toute femme est ton apôtre.

Des ailes d’oiseaux enlacent tes épaules, les nôtres.

Des ombres s’attachent à ton corps nu.

Tu défies les Ancêtres aux rites inconnus.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,

sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Le chant de Lorelei abat les géants.

Son regard indolent fascine,

et sa figure empreinte de beauté

danse éblouie au fond des sources.

 

Vas voir Lorelei nager au fil des eaux !

Un visage mémoire des cieux

dans le silence qui se souvient

philtre les gemmes froides

par la pureté de son teint,

les diamants limpides des yeux.

sa chevelure blonde entremêlée aux algues

entremêlée aux algues…

Son corps, tel une plante carnivore,

blanc, jaune et vert, a une bouche

d’où jaillit le chant parfumé de sang

et mène le marin au berceau de la vie.

N’as-tu pas vu Lorelei nager au fil des eaux,

nager au fil des eaux…

 

Comment honorer les chansons d’autrefois ?

Je suis née sous ton signe aux mille pressentiments.

Plutôt que la torpeur du monde, ses secrets dévoilés,

j’aime ta voix de nymphe aux heures de transparence.

Remercie Lorelei nageant au fil des eaux,

sa chevelure blonde entremêlée aux algues !

Ibid., p. 26, 28.

LORELEI

 

Ninfa in piedi su una roccia,

la sirena ondula adescando

barche sfortunate, mossa

dai suoi canti sfrenati.

Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,

con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?

Vestale della bruma,

    attizza i tormenti

    e canta con tutte le voci

    che si affollano nella sua gola.

    I battelli sono la sua preda.

Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,

con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?

Santa dei flutti agitati,

    chiama i naufraghi,

    esiliati nell’erranza,

    li conduce a un’isola bianca

    piena di onde in seno alle acque:

i suoi ciottoli sono ossa.

Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,

con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?

  Amante delle ondine! ogni donna è il tuo apostolo.

    Ali d’uccelli allacciano le tue spalle, le nostre.

    Delle ombre s’attaccano al tuo corpo nudo.

    Tu sfidi gli Avi dai riti sconosciuti.

Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,

con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?

Il canto di Lorelei abbatte i giganti.

    Il suo sguardo indolente affascina,

    e la sua figura intrisa di bellezza

    danza incantata in fondo alle sorgenti.

 

Vedrai Lorelei nuotare sul filo della corrente!

Un volto memoria dei cieli

    nel silenzio che si ricorda

    filtra le fredde gemme

    grazie alla purezza del suo incarnato,

    i limpidi diamanti degli occhi.

con la sua chioma bionda mescolata alle alghe

mescolata alle alghe…

          Il suo corpo, come una pianta carnivora,

    bianco, giallo e verde, ha una bocca

    da cui sgorga il canto profumato di sangue

    e conduce il marinaio alla culla della vita.

Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,

nuotare sul filo della corrente…

 

Come onorare le canzoni di un tempo?

    Sono nata sotto il tuo segno dai mille presentimenti.

    Più del torpore del mondo, dei suoi segreti svelati,

    amo la tua voce di ninfa dalle ore di trasparenza.

Ringrazia Lorelei che nuota sul filo della corrente,

con la sua chioma bionda mescolata alle alghe!

Ibid., p. 27, 29.

*  *  *  *  *  *

XI

 

Parle, ô ma Mère, ta tendresse,

Ton amour il était une fois redisent

Les gracieuses tragédies d’un conte

Au pays invisible hors du temps.

 

Berce et raconte la vérité,

Premier miracle, voyage fait

De joies, d’oracles. Parle, ô ma Mère !

 

Ta jeunesse, ta fraîcheur, ardeur

Déjà sans pitié, me rappellent

Au soir le poème de ton cœur.

C’est l’heure où les cités se lèvent.

 

Parle, ô ma Mère, ta tendresse,

Ton amour il était une fois redisent

Les gracieuses tragédies d’un conte

Au pays invisible hors du temps.

Ibid., p. 58.

XI

 

Parla, Madre mia, la tua tenerezza,

Il tuo amore c’era una volta ripetevano

Le graziose tragedie di una storia

Nel paese invisibile fuori dal tempo.

 

Culla e racconta la verità,

Primo miracolo, viaggio fatto

Di gioie, di oracoli. Parla, Madre mia!

 

La tua giovinezza, la tua freschezza, ardore

Ormai senza pietà, mi ricordano

A sera la poesia del tuo cuore.

È l’ora in cui si destano le città.

 

Parla, Madre mia, la tua tenerezza,

Il tuo amore c’era una volta ripetevano

Le graziose tragedie di una storia

Nel paese invisibile fuori dal tempo.

Ibid., p. 59.

*  *  *  *  *  *

AMBOISE

 

L’eau reflète la ville

Au château immobile,

Belle Amboise aux toits d’ardoise :

L’eau reflète ma ville.

 

En été tu pavoises,

D’ambroisie et de framboises !

Baiser immobile, l’eau

Du fleuve étreint le château.

 

Belle Amboise aux toits d’ardoise !

En été il pavoise

L’être futur qui entend

Ruisseler les voix d’antan.

 

L’eau reflète la ville

Au château immobile

Et baiser, ou sanglot, l’eau

Du fleuve étreint le château.

Ibid., p. 72.

AMBOISE

 

L’acqua riflette la città

Dall’immobile castello,

Bella Amboise dai tetti d’ardesia:

L’acqua riflette la mia città.

 

D’estate tu t’imbandieri,

Di ambrosia e di lamponi!

Bacio immobile, l’acqua

Del fiume stringe il castello.

 

Bella Amboise dai tetti d’ardesia!

D’estate s’imbandiera

L’essere futuro che sente

Scorrere le voci di un tempo.

 

L’acqua riflette la città

Dall’immobile castello

E bacio, o singhiozzo, l’acqua

Del fiume stringe il castello.

Ibid., p. 73.

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