
Camille Aubaude, Poèmes d’Amboise / Poesie per Amboise, prefazione di Giovanni Dotoli, traduzione e cura di Mario Selvaggio, Roma, Edizioni Universitarie Romane, Coll. « Les Poètes intuitistes / I Poeti intuitisti n. 7 », 2015, 99 p.
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LA MAISON DES PAGES
Puis j’ai enseigné le Mystère des fées
Régénérée par un fleuve d’ambre :
Qui peut m’entendre quitter ma chambre
À Minuit dans la Maison des Pages ?
Près de ma sœur endormie, je m’éveille.
Et j’appelle le Sommeil à grand cri.
Il vient à sa guise ; muet, il veille
Sur la nuit de la Maison des Pages.
Tendre secret d’une habitation
Partagée où la respiration
D’une Âme coule sur les marches
De pierre de la Maison des Pages.
Fantasia de papiers et de livres
En des pièces de matière en fusion.
En bas, dans la cuisine, le café
Parfume l’entière Maison des Pages.
J’inscris l’étrange maison sur une île,
L’île de mon cahier aux plages
Où courent les chiens noirs. J’écris le flux
Des orages de la Maison des Pages.
De jour et de nuit, l’onde soulève
Une femme seule et humble qui hèle
Les ombres dans l’espoir de rencontres
Près des autels de la Maison des Pages.
Têtes de morts aux yeux éclairés
De bougies ; là, des tables sont dressées
Près d’un vaste squelette posé contre
L’acacia de la Maison des Pages.
Des crânes jaillissent d’un coffre,
Volètent vers le miroir qui réfléchit
Le désordre de choses étrangères
Au calme de la Maison des Pages.
Cèdres, tilleuls et marronniers s’élèvent
Contre le mur érigé par le Poète
Pour le malheur de trois générations
Nées en prison dans la Maison des Pages.
Papiers découpés mauves et blancs, squelettes
En carton-pâte jouant de la guitare
Fleurs safran et portraits d’êtres absents
Sont les images de la Maison des Pages.
Deux jeunes mariés très amoureux
Lèvent l’un vers l’autre leurs crânes dénudés.
Je peux croire au bonheur parfait,
Charmant augure en la Maison des Pages.
Rites, vibrations, terres dévastées,
Puissiez-vous conjurer les supplices
Quand hagards et voûtés, nous porterons
Les Poètes dans la Maison des Pages.
Offrandes déposées par les vivants
Au goût des revenants, bijoux complices,
Rires trémoussant de la plénitude
Des trépassés de la Maison des Pages.
Fantasmagorie mêlant Mort et Vie
Terre druidique aux Temples endormis
Regards acérés de carcasses en carton :
Veilleurs sacrés par la Maison des Pages.
Viens, réchauffe-toi, anime la Passion !
Toutes les Portes s’ouvrent sans raison
Quand des milliers d’ombres violettes
Balaient les sols de la Maison des Pages.
Seule face aux diplômes, aux articles
Et photos jaunis suspendus aux murs,
Pour souffler au loin les pensées faciles,
J’expire l’air de la Maison des Pages.
Les murs suintent, enserrant la paresse,
M’empêchent de quitter la Forteresse.
Ils assiègent les visions marcescibles
Qui fusionnent dans la Maison des Pages.
Vision émaillée de matins d’été
Où l’Amour naît d’un visage enchanté,
Se relève dans le regard embrumé
Du visiteur de la Maison des Pages.
Ô mon Âme vivace ! l’orbe de ton Chant
Élargit les voûtes de ma chambre,
Tu viens sculpter la pierre d’absence
Dès minuit dans la Maison des Pages.
Âmes tendues, courbées, corps autrefois
Embrasés, vos sourires irradient,
Vos esprits ensemencent les arcures,
Points cardinaux de la Maison des Pages.
Ah ! comme cette maison est mienne.
Les décorations funèbres, les chandelles
Du jardin et l’autel des sacrifices
Me ramènent à la Maison des Pages.
Ibid., p. 16, 18, 20.
LA MAISON DES PAGES
Ho poi insegnato il Mistero delle fate
Rigenerata da un fiume d’ambra:
Chi può sentirmi lasciare la mia camera
A Mezzanotte nella Maison des Pages?
Vicino a mia sorella addormentata, mi sveglio.
E invoco il Sonno a gran voce.
Giunge a modo suo; muto, veglia
Sulla notte della Maison des Pages.
Tenero segreto di un’abitazione
Condivisa dove la respirazione
Di un’Anima scorre sui gradini
Di pietra della Maison des Pages.
Fantasia di carte e di libri
In pezzi di materia fusa.
Giù, in cucina, il caffè
Profuma tutta Maison des Pages.
Iscrivo la strana casa su un’isola,
L’isola del mio quaderno sulle spiagge
Dove corrono i cani neri. Scrivo il flusso
Delle tempeste della Maison des Pages.
Giorno e notte, l’onda solleva
Una donna sola e umile che chiama
Le ombre nella speranza d’incontri
Vicino agli altari della Maison des Pages.
Teste di morti dagli occhi illuminati
Di candele; qui, delle tavole sono innalzate
Vicino a un grande scheletro posto contro
L’acacia della Maison des Pages.
Dei crani spuntano da un baule,
Svolazzano verso lo specchio che riflette
Il disordine di cose strane
Nella calma della Maison des Pages.
Cedri, tigli e castagni si levano
Contro il muro eretto dal Poeta
Per la disgrazia di tre generazioni
Nate in prigione nella Maison des Pages.
Carte ritagliate color malva e bianche, scheletri
Di cartapesta che suonano la chitarra
Fiori zafferano e ritratti di esseri assenti
Sono le immagini della Maison des Pages.
Due giovani sposi molto innamorati
Levano l’uno verso l’altro i loro crani denudati.
Posso credere alla felicità perfetta,
Augure affascinante nella Maison des Pages.
Riti, vibrazioni, terre devastate,
Possiate scongiurare i supplizi
Quando stravolti e curvi, porteremo
I Poeti nella Maison des Pages.
Offerte deposte dai vivi
In onore degli spiriti, complici gioielli,
Risa che si agitano alla pienezza
Dei trapassati della Maison des Pages.
Fantasmagoria che mescola Morte e Vita
Terra druidica ai Templi addormentati
Sguardi taglienti di carcasse di cartone:
Sacri guardiani per la Maison des Pages.
Vieni, riscaldati, anima la Passione!
Tutte le Porte si aprono senza ragione
Quando migliaia di ombre violette
Spazzano i pavimenti della Maison des Pages.
Sola di fronte ai diplomi, agli articoli
E alle foto ingiallite sospesi ai muri,
Per soffiare lontano i facili pensieri,
Inspiro l’aria della Maison des Pages.
I muri trasudano, stringendo l’indolenza,
M’impediscono di lasciare la Fortezza.
Assediano le visioni marcescibili
Che fondono nella Maison des Pages.
Visione smaltata di mattini d’estate
Dove nasce l’Amore da un volto incantato,
Si rileva nello sguardo confuso
Del visitatore della Maison des Pages.
Oh mia Anima vivace! l’orbe del tuo Canto
Allarga le volte della mia camera,
Tu vieni a scolpire la pietra d’assenza
Da mezzanotte nella Maison des Pages.
Anime tese, curve, corpi un tempo
Infiammati, i vostri sorrisi irradiano,
I vostri spiriti seminano le arcuature,
Punti cardinali della Maison des Pages.
Ah! quanto sento mia questa casa.
Le decorazioni funebri, le candele
Del giardino e l’altare dei sacrifici
Mi riconducono alla Maison des Pages.
Ibid., p. 17, 19, 21.
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LORELEI
Nymphe dressée sur un rocher,
la sirène ondule à l’affût
des barques d’infortune, mue
par ses chants déchaînés.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?
Vestale des brumes,
elle attise les tourmentes
et joue de toutes les voix
se pressant dans sa gorge.
Les bateaux sont sa proie.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?
Sainte des flots agités,
elle appelle les naufragés,
exilés dans l’errance,
les mène à une île blanche
pétrie de vagues au sein des eaux :
ses cailloux sont des os.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?
Maîtresse des nixes ! toute femme est ton apôtre.
Des ailes d’oiseaux enlacent tes épaules, les nôtres.
Des ombres s’attachent à ton corps nu.
Tu défies les Ancêtres aux rites inconnus.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?
Le chant de Lorelei abat les géants.
Son regard indolent fascine,
et sa figure empreinte de beauté
danse éblouie au fond des sources.
Vas voir Lorelei nager au fil des eaux !
Un visage mémoire des cieux
dans le silence qui se souvient
philtre les gemmes froides
par la pureté de son teint,
les diamants limpides des yeux.
sa chevelure blonde entremêlée aux algues
entremêlée aux algues…
Son corps, tel une plante carnivore,
blanc, jaune et vert, a une bouche
d’où jaillit le chant parfumé de sang
et mène le marin au berceau de la vie.
N’as-tu pas vu Lorelei nager au fil des eaux,
nager au fil des eaux…
Comment honorer les chansons d’autrefois ?
Je suis née sous ton signe aux mille pressentiments.
Plutôt que la torpeur du monde, ses secrets dévoilés,
j’aime ta voix de nymphe aux heures de transparence.
Remercie Lorelei nageant au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues !
Ibid., p. 26, 28.
LORELEI
Ninfa in piedi su una roccia,
la sirena ondula adescando
barche sfortunate, mossa
dai suoi canti sfrenati.
Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,
con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?
Vestale della bruma,
attizza i tormenti
e canta con tutte le voci
che si affollano nella sua gola.
I battelli sono la sua preda.
Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,
con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?
Santa dei flutti agitati,
chiama i naufraghi,
esiliati nell’erranza,
li conduce a un’isola bianca
piena di onde in seno alle acque:
i suoi ciottoli sono ossa.
Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,
con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?
Amante delle ondine! ogni donna è il tuo apostolo.
Ali d’uccelli allacciano le tue spalle, le nostre.
Delle ombre s’attaccano al tuo corpo nudo.
Tu sfidi gli Avi dai riti sconosciuti.
Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,
con la sua chioma bionda mescolata alle alghe?
Il canto di Lorelei abbatte i giganti.
Il suo sguardo indolente affascina,
e la sua figura intrisa di bellezza
danza incantata in fondo alle sorgenti.
Vedrai Lorelei nuotare sul filo della corrente!
Un volto memoria dei cieli
nel silenzio che si ricorda
filtra le fredde gemme
grazie alla purezza del suo incarnato,
i limpidi diamanti degli occhi.
con la sua chioma bionda mescolata alle alghe
mescolata alle alghe…
Il suo corpo, come una pianta carnivora,
bianco, giallo e verde, ha una bocca
da cui sgorga il canto profumato di sangue
e conduce il marinaio alla culla della vita.
Non hai mai visto Lorelei nuotare sul filo della corrente,
nuotare sul filo della corrente…
Come onorare le canzoni di un tempo?
Sono nata sotto il tuo segno dai mille presentimenti.
Più del torpore del mondo, dei suoi segreti svelati,
amo la tua voce di ninfa dalle ore di trasparenza.
Ringrazia Lorelei che nuota sul filo della corrente,
con la sua chioma bionda mescolata alle alghe!
Ibid., p. 27, 29.
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XI
Parle, ô ma Mère, ta tendresse,
Ton amour il était une fois redisent
Les gracieuses tragédies d’un conte
Au pays invisible hors du temps.
Berce et raconte la vérité,
Premier miracle, voyage fait
De joies, d’oracles. Parle, ô ma Mère !
Ta jeunesse, ta fraîcheur, ardeur
Déjà sans pitié, me rappellent
Au soir le poème de ton cœur.
C’est l’heure où les cités se lèvent.
Parle, ô ma Mère, ta tendresse,
Ton amour il était une fois redisent
Les gracieuses tragédies d’un conte
Au pays invisible hors du temps.
Ibid., p. 58.
XI
Parla, Madre mia, la tua tenerezza,
Il tuo amore c’era una volta ripetevano
Le graziose tragedie di una storia
Nel paese invisibile fuori dal tempo.
Culla e racconta la verità,
Primo miracolo, viaggio fatto
Di gioie, di oracoli. Parla, Madre mia!
La tua giovinezza, la tua freschezza, ardore
Ormai senza pietà, mi ricordano
A sera la poesia del tuo cuore.
È l’ora in cui si destano le città.
Parla, Madre mia, la tua tenerezza,
Il tuo amore c’era una volta ripetevano
Le graziose tragedie di una storia
Nel paese invisibile fuori dal tempo.
Ibid., p. 59.
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AMBOISE
L’eau reflète la ville
Au château immobile,
Belle Amboise aux toits d’ardoise :
L’eau reflète ma ville.
En été tu pavoises,
D’ambroisie et de framboises !
Baiser immobile, l’eau
Du fleuve étreint le château.
Belle Amboise aux toits d’ardoise !
En été il pavoise
L’être futur qui entend
Ruisseler les voix d’antan.
L’eau reflète la ville
Au château immobile
Et baiser, ou sanglot, l’eau
Du fleuve étreint le château.
Ibid., p. 72.
AMBOISE
L’acqua riflette la città
Dall’immobile castello,
Bella Amboise dai tetti d’ardesia:
L’acqua riflette la mia città.
D’estate tu t’imbandieri,
Di ambrosia e di lamponi!
Bacio immobile, l’acqua
Del fiume stringe il castello.
Bella Amboise dai tetti d’ardesia!
D’estate s’imbandiera
L’essere futuro che sente
Scorrere le voci di un tempo.
L’acqua riflette la città
Dall’immobile castello
E bacio, o singhiozzo, l’acqua
Del fiume stringe il castello.
Ibid., p. 73.