
Jacques-François Dussottier, Je t’aime / Ti amo, avant-propos de – premessa di Bornj Tiskert, préface de / prefazione di Giovanni Dotoli, tableaux-photos de – Quadri-foto di Jacques-François Dussottier, traduzione e cura di Mario Selvaggio, Roma, Edizioni Universitarie Romane, Coll. « Les Poètes intuitistes / I Poeti intuitisti n. 11 », 2016, 148 p.
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Recueil contenant des poèmes déjà publiés dans Ô Femme (Éditions les Poètes Français, 2012), Je t’aime / Ti amo est un ouvrage, dont Jacques-François Dussottier et Mario Selvaggio font cadeau au lecteur (français et italien), qui dès le titre se présente comme une déclaration-dédicace d’amour.
Les cinq tableaux-photos qui accompagnent les quarante-six poèmes insufflent par les formes et les couleurs ce que les vers suggèrent au travers des syllabes : aspect qui crée une correspondance entre regard et parole, entre visions et mots « Tu te donnes à mes images / Et je fais l’amour avec les mots / Au fleuve tourmenté de mon désir. » (p. 30).
Ce dialogue harmonieux figure, en effet, en même temps le dit et le non-dit, le lisible-dicible-visible et l’indéchiffrable-indicible-invisible, l’intelligible et l’inexplicable, voire : le discours profond de l’âme et ses images mentales. Au fil de l’œuvre, ce discours et ces images voyagent ensemble plongés dans une dimension d’ouverture totale vers l’être aimé(e) : d’où le message-aveu « Je t’aime ».
Cette annonce dédicatoire dévoile un je-destinateur de l’amour consacré et dédié au « tu ». Ainsi, destinataire de l’amour du « je », le « tu » représente le rêve de celui-ci et subsume un idéal à atteindre : comme en témoignent les tableaux-photos où le ‘sujet représenté’, si ce n’est l’‘objet du désir’, occupe tout seul le devant de la scène, n’ayant ‘encore’ été atteint sinon par la pensée « J’écrirai toute la volupté / Avec des vers / Souvent amers / Au temps qui passe, désenchanté. » (p. 92).
Identifié tout au long de ce recueil à un « tu » féminin, l’interlocuteur du « je » indique l’image idéalisée de la célébration de l’amour. L’amour envers la Femme, dont il est question dans ces poèmes, figure l’amour d’un être envers un autre être, et l’imaginaire masculin projeté, dans tout cet ouvrage, sur la Femme n’est que l’imaginaire de l’être qui aime, projeté sur l’être aimé : « Ma Muse, je n’irai pas cette nuit / Rêver dans les étoiles / Car je t’attends dans mon poème. » (p. 40).
D’un vers à l’autre, la Femme représente l’énergie, la force, le souffle vital du « je » : elle est sa déesse et la sève de son génie, de sa ‘poésie’, autrement dit de son esprit créateur « Sous mes doigts, tu deviens femme, / La chair de mon texte / A la couleur de ta peau. […] Viens, laisse toi aller / Ma plume est encore brûlante / J’ai encore envie de toi, / La texture de mon poème / Est un cri de femme / Et je rêve d’éternité / Aux creux de tes reins mouvants. » (p. 30). C’est pourquoi le « je » se déclare, se donne, s’offre, se lance et s’élance jusqu’à un élan-fusion qui est extase et ivresse mais surtout liberté et métamorphose. Se déclarer au « tu » (Je t’aime) signifie se mettre en voyage vers ce qui est autre : s’ouvrir et rechercher ce qui déborde le « je ». Cette quête repose sur l’instinct, l’émotion, l’espérance… elle concerne le corps (le regard, les caresses, les baisers) et elle touche à l’âme (le rêve, le sublime) : « Au long de ces vers que j’ai semés pour toi / Dans l’immense silence d’une larme / Mon écume court sur ton sable / Vers l’infini de tes bras. / Comme des mots envolés sur le temps / Je dépose sur ton cœur ce tendre poème / Je t’aime, t’espère et te nomme / Toi ô Femme ! » (p. 28).
Tout au long des poèmes (rigoureusement traduits-interprétés par Mario Selvaggio – lui aussi poète –) et des tableaux-photos constituant cet ouvrage, Dussottier parle Femme avec élégance et profondeur. Il suggère l’amour pur, réel et irréel, charnel et spirituel. Aussi, par le biais de la figure féminine et de l’amour je → tu, notre poète dévisage-t-il l’âme de l’être qui aime et qui croit que dans l’amour réside la vie : « Je resterai à tout jamais / Infiniment sentimental. » (p. 44).
Marcella Leopizzi *
* Skené. Rivista di Letteratura francese e italiana contemporanee / Revue de Littérature française et italienne contemporaines, Fasano – Paris, Schena Editore – Alain Baudry & Cie, anno VI / VIe année, n. 7, n.s., 2017, p. 178-179.
