Bouraoui Hédi, “Transpoétiquement vôtre. Anthologie (1966-2016) / Transpoeticamente vostro. Antologia (1966-2016)” (2016) – Recensione di Maggy De Coster

Hédi Bouraoui, Transpoétiquement vôtre. Anthologie (1966-2016) / Transpoeticamente vostro. Antologia (1966-2016), avant-propos de l’Auteur – premessa dell’Autore, selezione, introduzione, traduzione e cura di Mario Selvaggio, Roma, Edizioni Universitarie Romane, Coll. « Les Poètes intuitistes – I Poeti intuitisti n° 14 », 2016, 222 p.

 

Le poète tuniso-franco-canadien, casse les codes de l’écriture bourgeoise en se dotant d’un langage propre à lui. Il défend une posture, celle des expatriés dont la langue d’origine se greffe sur celle du pays d’accueil. Aussi nous offre-t-il une poésie dépouillée, sans fioriture aucune, qu’on déguste comme un savoureux cocktail qui « vous enivre/toute une vie ». En forgeur de mots, il fourbit ses armes pour partir à l’assaut des assaillants qui se mettraient en travers de son chemin de vérité : « Je les prendrai à bras le corps / Pour étouffer torts et déroute ».

Il se fait passeur de mémoire, passeur de mots et tend la main à tout un chacun voulant entrer dans la danse universelle pour tordre le cou à la violence : « Abolies violences… guerres … transgression / Ici les passerelles performent les échanges ! ».

Quelle générosité ! Quelle grandeur d’âme que vouloir faire place à toutes les tessitures de voix. Histoire de ne pas juguler la petite voix qui chante en chacun de nous et qui est également la voie de la révélation de soi et de la libération de l’inconscient : « Ne tordons le cou à Personne / Ni à rien. / Laissons toutes les voix chanter », prescrit le poète.

Le poète rend un vibrant hommage à la poésie, noble passion des esprits aguerris, catharsis des êtres en détresse, exutoire des âmes en péril. La poésie est une émotion qu’il faut capter semble nous dire Hédi Bouraoui : « Miracle formel / Il faut capter / le vers naissant ».

Ses mots, évocateurs de ses souvenirs, arrivent comme une injonction de la pensée poétique, reflétant son schéma affectif au parfum ancestral. Vivant loin de sa Tunisie natale, il apprivoise le Québec, sa terre d’adoption en cultivant le verbe poétique comme pour faire revivre la mémoire lointaine de ses ancêtres qui l’accompagne dans ses pérégrinations et semble le guider dans ses choix et lui apprendre à Être et à le rester : « Derrière des traversées globales / Les Ancêtres illuminant le passé / Les ressuscitent en migrations lointaines ».

Écrit en majuscule le mot « Ancêtres » dénote un profond respect du poète pour ses aïeuls. C’est même un acte de vénération de sa part.

Chez Hédi Bouraoui, « les mots émigrent, les mots dansent », ils font corps avec lui, ils sont en parfaite osmose. Ils sont tellement ancrés en lui qu’il en crée, d’où le titre de son anthologie Transpoétiquement vôtre. Ainsi, on est tenté de dire que les mots prennent une dimension hédonique chez lui.

Fervent défenseur de la langue française, il s’oppose fermement à sa pollution par l’anglais, aussi s’écrie-t-il : « Non, je ne veux pas balancer / Ma langue française / Par-dessus bord de son navire coulant ».

Bien évidemment, il fait passer sa citoyenneté avant tout. Chez lui, pas de place pour l’inconstance. Il s’inscrit également dans la modernité et l’évolution des mœurs donc c’est un homme de son temps qui opine : « Non, je ne peux pas virer de bord / De ma canaduitude chérie / Même pour le prix d’un poisson d’or / Non, je ne tiens pas à bourqua-vêtir / Ma foi en laïcité ardue ».

Poète au cœur sensible, il est également interpelé par les grands fléaux qui frappent l’humanité de plein fouet comme la faim dans le monde, le réchauffement climatique, le Sida en Afrique: « Comment liquider la famine / Ce désastre planétaire / Cliché consommé à faire pleurer ».

Comme dit un proverbe chinois, « Le poisson pourrit toujours par la tête » et Hédi Bouraoui de convenir : « Quand la tête du panier est pourrie / qui peut assainir les tourments du bas-fond ? ».

Hédi Bouraoui est celui qui, à la manière d’un sage, tente de frayer un chemin de lumière à la recherche de l’infini. Et c’est sur une note d’espoir que le poète semble voir poindre à l’horizon que se termine l’anthologie.

 

Maggy De Coster

0 0 votes
Valutazione dell'articolo
Subscribe
Informami
guest
0 Commenti
oldest
newest most voted
Inline Feedbacks
View all comments
0
Would love your thoughts, please comment.x